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Intégration : Haïti peut-elle être éternellement victime?

La perception d’Haïti comme victime au préalable des accords internationaux, des mécanismes d’intégration économique méritent d’être changée. Les pays, les regroupements ont leurs propres intérêts, Haïti aussi. Selon le coordonnateur du Bureau de coordination et de suivi des accords Caricom/OMC /ZLEA (Bacoz), Chenet St-Vil, Haïti doit négocier correctement, faire valoir ses droits et s’intégrer pour espérer tirer des avantages de la globalisation des marchés.

Chenet St-Vil, responsable du Bureau de coordination et de suivi des accords Caricom/OMC /ZLEA (Bacoz)

Chenet St-Vil, responsable du Bureau de coordination et de suivi des accords Caricom/OMC /ZLEA (Bacoz)

Faut-il continuer à percevoir le pays comme potentielle et éternelle victime de tout accord international, de tout regroupement régional ? Posez cette question au coordonnateur du Bureau de coordination et de suivi des accords Caricom/OMC /ZLEA (Bacoz), Chenet St-Vil, et il vous répondra que non. Puis, viennent les arguments. Les accords commerciaux connaissent une certaine évolution dans le temps et ne concernent pas uniquement la circulation des marchandises, les droits de douane, les tarifs… Il faut aussi entendre qu’ils contiennent beaucoup plus que ça.

« Ces types d’accords (comme l’Accord de partenariat économique) s’intéressent notamment aux services, aux investissements, à la circulation des capitaux. Ces accords permettent à un pays d’exiger des conditions pour investir dans des secteurs clés comme la communication, l’hôtellerie, l’énergie, l’agriculture, la finance », a nuancé le coordonnateur du Bacoz, ce mercredi, en marge d’une présentation devant des hommes d’affaires essentiellement de l’Association des industries d’Haïti (ADIH).

Chenet St-Vil, qui a participé aux négociations avec les responsables de l’UE pour la signature de l’APE, croit que le faible niveau de développement d’Haïti s’explique en partie par son absence dans les grands regroupements économiques ou des accords commerciaux internationaux. Les accords sont, dit-il, un lieu de garantie pour les potentiels investisseurs. Ceux qui souhaitent venir s’établir en Haïti.

À la question de savoir comment ça marche pour les autres signataires de l’accord, le coordonnateur du Bacoz fait remarquer : « Du nombre des pays qui ont déjà signé l’Accord de partenariat avec l’Union européenne, seule Haïti n’est pas encore au stade de mise en œuvre. La loi mère des autres pays les autorise d’agir de manière provisoire même avant son approbation par le Parlement. En Haïti, c’est différent. La Constitution interdit une telle démarche.

En ce qui a trait aux opportunités à jouir de l’APE, Chenet St-Vil évoque régulièrement le cas des voisins les plus proches. « Pour la République dominicaine, cet accord a permis d’attirer quelque 3,6 milliards d’investissements directs étrangers rien qu’en 2013 ». Victime des conséquences de mesures de libéralisation à outrance et exclusivement commerciale, Haïti a baissé ses droits de douane. Les mesures pour faciliter les investissements étrangers ont été laissées de côté, négligées. « Mais en laissant entrer massivement les biens cela crée une désarticulation dans l’économie. Résultat: une production nationale à genoux, détruite », a fait remarquer M. St Vil.
Comme si les explications précédentes ne suffisent pas, Chenet St Vil ajoute que cette destruction de l’économie haïtienne laisse comme séquelle une attitude : « l’Haïtien redoute tout ce qui vient de l’extérieur. »À chaque regroupement que le pays doit intégrer, on se perçoit comme victime au préalable. Effectivement, nous sommes les victimes de mesures mal adoptées. Que ce soit l’APE, la mise en œuvre du Tarif extérieur commun (TEC) de la Caricom ou autres, on les présuppose comme une menace sans même analyser les intérêts possibles du pays.

Dans l’APE, chaque pays, par l’intermédiaire de la liste d’exclusion, peut se protéger. Cette liste est soumise par un pays en précisant ses produits jugés sensibles. Tous les produits agricoles d’Haïti sont sur la liste. C’est-à-dire en dehors du processus de libéralisation. Dans le cadre de l’APE le pays peut bien décider de libéraliser ses produits agricoles, agro-alimentaires mais n’est pas tenu à le faire pour intégrer l’accord qui n’est pas une barrière libre.

Tous les problèmes d’Haïti sont des opportunités : le ramassage d’ordures, le recyclage des détritus, la construction de routes, la réhabilitation d’autres voies, souligne le coordonnateur du Bacoz. Aux yeux de Chenet St-Vil, quand le pays sera bien connecté, bien ancré dans les accords, les partenariats internationaux, des groupes internationaux viendront nous proposer, par exemple, la construction de voie importante pour désenclaver le pays. « Même le marché financier international verra dans Haïti un pays fiable. On aura accès à des prêts importants pour assurer le développement des infrastructures de toutes sortes », a-t-il insisté.

Tous les pays impliqués dans l’application de l’APE n’ont pas le même niveau de développement. Chacun a ses propres intérêts. Chenet St-Vil reconnaît cette asymétrie entre les pays de l’UE développés et les pays du Cariforum, (Plateforme des pays de la Caricom, de la République dominicaine et de Cuba pour négocier avec l’UE) en voie de développement. Comparé aux autres pays de la zone, Haïti a gonflé sa liste d’exclusion pour intégrer l’accord. En dépit de tout, l’APE n’a toujours pas été ratifié.

Cette ratification de l’APE n’a pas eu lieu, le lundi 8 septembre 2014, jour de clôture de la huitième et dernière session de la 49e législature. La décision par les parlementaires d’écarter un paquet de six propositions de loi, dont la ratification de l’APE, a rendu mécontentes plusieurs autorités, y compris le ministre du Commerce et de l’Industrie, Wilson Laleau, et celui des Affaires étrangères et des Cultes, Duly Brutus.

Source = http://lenouvelliste.com/

 

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