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«Haïti n’a rien à perdre à la CARICOM»

Haïti doit se défaire de sa perception de victime dans les accords internationaux et les zones de libre-échange. Son processus d’intégration à la Caricom prendra le temps qu’il faudra. Le développement économique des pays membres n’atteint pas le même niveau. Cela implique que la libre circulation des personnes et des biens demeure un objectif à atteindre. A condition d’un coup de balai dans les systèmes douanier et fiscal. Bref, dans l’économie entière. –

Chenet_St-VilL’idée généralement répandue qu’Haïti à tout à perdre dans les accords commerciaux internationaux et dans son intégration progressive au sein du marché commun de la communauté de la Caraïbe (Caricom) est fausse. « Le pays n’a rien à perdre dans ses relations commerciales avec les pays de la Caricom qui s’oriente davantage vers les services et le tourisme en particulier.» Chenet St-Vil, coordonnateur général du Bureau haïtien de coordination et de suivi des accords Caricom/OMC/ZLEA (BACOZ), est convaincu de ce point de vue.

Haïti a adopté des mesures de libéralisation depuis 1983 qui ont eu des conséquences fâcheuses sur l’économie à long terme. Depuis, les Haïtiens se perçoivent comme victimes dans tout accord, dans les négociations commerciales internationales. Quel est l’intérêt d’Haïti au sein de la Caricom? A cette interrogation, Chenet St-Vil explique que le pays peut tirer des avantages énormes des 25 millions de touristes qui fréquentent la région chaque année.
Les touristes séjournent dans des pays où l’agriculture n’est pas une priorité. Haïti, dit le coordonnateur du BACOZ, doit dynamiser son secteur agricole et faire en sorte qu’il mette sur leur comptoir le maximum de produits nécessaires à l’alimentation des touristes et de leurs habitants. « La Caricom, a-t-il ajouté, a déjà fait de la Caraïbe une zone d’investissement, notre intégration est une garantie pour les investissements tant recherchés pour créer des emplois.»

Avec un ton serein, Chenet St-Vil, expert en politique commerciale, paraît persuadé de ses assertions. Il affirme haut et fort que la Caricom ne serait autre chose que des opportunités pour faire des affaires avec les pays de la région et le reste du monde. « Comment pourrait-on penser que les pays de la Caricom vont envahir Haïti, un pays qui s’étend sur 27 750 km2, habité par plus de 10 millions d’âmes », s’est demandé le coordonnateur du BACOZ.

Par rapport à leur taille, leur superficie, leurs choix économiques, les pays de la Caricom s’adonnent davantage au service et au tourisme en particulier. « Huit des pays de la Caricom ont une superficie évaluée entre 103 et 750 km2. L’île de La Gonâve, à elle seule couvre 683 km2. Qu’avons-nous à avoir peur d’Antigua avec une superficie de 442 km2 et ses 90 000 habitants », s’est interrogé M. St-Vil tout en nuançant sur leur spécificité économique.

Dans la dynamique de la mondialisation, ces pays sont conscients de leur taille et se sont tournés vers des activités économiques qui requièrent moins d’espaces. Le tourisme domine largement les activités économiques des pays membres de cet espace économique. « Dans les négociations internationales, ces pays livrent toujours une bataille pour tirer des avantages dans les services », fait remarquer le coordonnateur général du BACOZ.

A titre d’illustration, il souligne que la Barbade- environ 300 000 habitants, soit l’équivalent de la population de Pétion-Ville- est chargée d’une bonne partie de la comptabilité d’American Airlines. Est-ce la raison qui pousse les États et territoires insulaires de la Caricom à chercher à tirer avantage de leur expertise dans des domaines qui intéressent les grandes multinationales, les grandes entreprises à rayonnement mondial.

A la question de savoir quand Haïti pourra-t-elle jouir pleinement de son intégration au sein de cet espace ? Chenet St-Vil estime que divers devoirs de maison doivent être mis au propre avant. « Le tarif extérieur commun- tarif douanier commun entre les pays de la Caricom- doit être intégré dans les lois de finances haïtiennes.

« Dans la région, la libre circulation des personnes est un objectif à atteindre. Elle prendra du temps avant de devenir complètement opérationnelle par rapport à la différence de niveau du développement des pays membres de la Caricom », précise Chenet St-Vil. Devant la réalité actuelle, il sera difficile pour des ressortissants guyaniens (avec un revenu per capita de 3 300 dollars) de circuler librement dans des pays a revenu avoisinant les 17 000 dollars. Encore plus difficile pour Haïti qui ne dispose que d’un revenu per capita de 738 dollars. Haïti fait figure de pays pourvoyeur de migrants.

Haïti est membre de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) depuis 30 janvier 1996, membre de la Caricom depuis le juillet 2002, a signé les Accords de partenariats économiques (APE) entre le Cariforum et l’Union européenne le 10 décembre 2009. Les négociations n’ont pas abouti (en 2005) dans le cas de l’intégration dans la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Actuellement, des négociations sont menées entre la Caricom et le Canada, Haïti en fait partie depuis novembre 2009.

Haïti qui est en quête de l’investissement direct étranger doit s’impliquer à fond dans des accords commerciaux qui représentent une garantie pour le potentiel investisseur. Selon le responsable du BACOZ, la faible implication d’Haïti dans ces types de négociation explique en grande partie la quantité presque insignifiante de capitaux étrangers captée par le pays. « Ces choix ne sont pas raisonnables », indique l’expert haïtien.

Haïti est voisine de deux pays qu’elle pourrait avoir le même niveau de développement qu’eux au départ, fait remarquer Chenet St-Vil qui précise que la République dominicaine a un stock de 20 milliards de dollars d’investissement, la Jamaïque 15 milliards, et Haïti n’a que moins d’un milliard de dollars. Pour l’économiste devenu spécialiste en politique commerciale, bien des difficultés se dressent sur la route des pays de la Caricom.

Un problème de structures se pose au sein de la Caricom, lance laconiquement le coordonnateur du BACOZ. Un grand nombre de pays s’adonnent aux mêmes activités économiques, d’où l’absence d’une complémentarité. En 2011, La Barbade a importé de la région 347 millions de dollars, alors que, durant la même période, elle a importé quelque 1,4 milliard de dollars du reste du monde. Tout ceci a des répercussions sur le transport de la région qui demeure faible. Le processus d’intégration intégrale des pays de la Caricom en pâtit.

Source: http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/126149/Haiti-na

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